Journal de Maria, #1

Dimanche.

Dans 7 jours, je prendrai la parole pour la première fois en public à la rue Cadet. Il pleut. Le beau jardin des Mathurins est détrempé. Je me sens lasse.

La publicité de la conférence a fait le tour de Paris. Il semble que je sois devenue une véritable curiosité. Nous avons reçu hier de nombreuses cartes nous annonçant des visites. J’aurai aimé que nous restions au calme. Anna a insisté pour recevoir, comme chaque dimanche. Cela te sortira de tes papiers, a-t-elle crié de l’office d’où elle arrange un buffet de pâtisseries et de confiseries.  Une odeur lourde de sucre, de crème et de café flotte dans toute la maison.

J’achèverai donc mon texte lundi ou mardi. Il me faudra couper, retrancher, alléger, au risque d’être narcotique. Avancer vers l’inconnu est effrayant et il semble que je sois bien la seule à y penser. Autour de moi depuis une huitaine c’est l’emballement : lettres d’encouragement, fleurs, accolade des uns, murmures désapprobateurs des autres.

Monsieur X a fait passer le mot. Il parait que le préfet de Paris souhaite interdire ma conférence. Grand bien lui fasse ! Cela me rendra service. Ce ne sera d’ailleurs pas une première. Les femmes peuvent bien monter à l’échafaud, mais toujours pas à la tribune.

Je relis Sophocle : le bâtiment était si haut, qu’à son sommet on était pris de vertige

Oh, un rayon de soleil tombe sur Pontoise.

Camille Pissarro

 

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